LE KAVE SE REBIFFE

Bienvenue dans l'antre Essonnienne branchée sur le courant alternatif du KAVE.

Ce blog, à vocation citoyenne et collective, se veut participatif et coopératif en s'attelant au grand défrichage de ce monde!

Alertez, montrez, Réenchantez! Si vous désirez partager, écrire un article, poster des photos, contribuer au développement de la Kave, you're welcome! Soumettez-moi vos textes, photos, vidéos, vous serez bien reçus au comptoir de la Kave! YES OUI KAVE! Contact: krixlegaulois@gmail.com/

vendredi 18 novembre 2016

DANS MA RUE


"Mon message ? Il n'y en a qu'un, je crois, qui est un cri :
 " Partagez ! Donnez ! Tendez la main aux autres ! Gardez toujours un carreau cassé dans vos univers bien feutrés pour entendre les plaintes qui viennent de l'extérieur. "
Abbé Pierre ; Servir : Paroles de vie (2006)



Introduction de la Kave:
Le comptoir de la Kave se conjugue au féminin et au collectif participatif.
Après avoir lu ce texte, peut-être regarderez-vous votre rue, notre rue, leurs rues et tous ceux qui y déambulent avec d'autres yeux.
La compassion et l'entraide ne sont pas des vains mots.
Osons la solidarité, Prônons l'équité, Saisissons la vraie liberté.
Unissons-nous, Nous sommes les 99%, nous sommes Légion.
Yes oui Kave.


Dans ma rue

Enfant, la rue me fascinait, elle représentait à mes yeux la vie de mon quartier avec un mélange de rires, de cris, de pleurs et d'engueulades...
Au moindre prétexte j’aimais m'y rendre, toute occasion était bonne pour la marteler de mes pas, la toucher et la sentir. Je me sentais tellement vivante à son contact que j’y passais le plus clair de mon temps.
J’y croisais beaucoup de personnes au hasard des rues, des visages connus, d’autres, nouveaux à la quête d’un sourire et puis mes yeux se sont posés sur Alfred...

Alfred, assis par terre, immobile, les yeux baissés vers ses chaussures usées avec ses vêtements trop grands. Je croyais entendre quelques mots quémandant  2 ou 3 sous...
Je ne comprenais pas, la rue était pour moi tellement vivante, tellement communicative et ouverte. Pourquoi ma Rue semblait soudain s’arrêter de vivre?


A la recherche de mes repères, je lève les yeux et recherche des visages familiers et rassurants qui constituent mon paysage quotidien.
Et pourtant mon regard se pose de nouveau sur Alfred, son attitude m’interpelle.
A la fois effrayée et attirée par le personnage, je ne sais que faire, me voilà à mon tour immobile et perplexe. Alfred lève la tête et me salue, je lui murmure un timide bonjour et décide de rentrer à la maison réfléchir à cette rencontre fortuite et à ce nouveau visage qui habite dorénavant ma rue.

Comment ma rue pouvait-elle être en même temps si vivante et si figée, si ouverte et si isolée, si riche et si pauvre?

Ma rue me montrait un nouveau visage, une place où se succédaient des acteurs utilisant des langages et des codes que je ne reconnaissais pas.

Ce jour-là, Alfred m’a permis de faire un arrêt sur image de ma Rue et je lui en serais à toujours reconnaissante.
Quelle était sa vision de ma rue, pourquoi ne la regardait il pas comme je la voyais moi?
Pourquoi restait il immobile par terre la tête entre les mains plutôt que de marcher à grands pas et fouler les pavés?

Je voulais savoir, fascinée et curieuse par Alfred qui faisait désormais partie de mon paysage et avait toute ma sympathie.
Une place était libre à ses côtés, c’est donc tout naturellement que je m'y suis installée...

Alfred," vieil homme" de 40 ans qui a roulé sa bosse comme on dit. Il fut pourtant un enfant et un jeune homme plein de vie, bien inséré avec un toit au-dessus de sa tête et un travail respectable...
Mais voilà, quelques embûches et obstacles et le voilà dehors, dans la rue.
Cet espace qui me paraissait à moi si bienveillant s’est révélé être pour lui hostile.


Le plus difficile c’est la première nuit !
Alfred s’en rappelle comme si c’était la veille.
C’est  la fin de l’après-midi, il tourne la tête une dernière fois vers sa maison qui lui devient maintenant étrangère…
Où aller ? Dans quelle direction ?
Il se contentera de mettre un pied devant l’autre, déambulant à travers sa Rue qu’il ne reconnait plus… Il se rappelle bien d’un bar qui ferme tard et comme il lui reste quelques pièces…
Il décide d’y pousser la porte, et ce lieu qui lui était inconnu jusqu’alors, deviendra sa bouée de survie et un repère avant de rejoindre les entrailles de la Rue…
Il fait sombre, la Rue a vêtu sa robe noire et Alfred est perdu.
Comment en est-il arrivé là ?
Des questions qui lui font monter les larmes aux yeux ! Alfred est triste, il a froid et commence à avoir peur.
Il relève la tête, où aller ? Cette question, Alfred se la posera de nombreuses fois, de trop nombreuses fois.
Sa première nuit, Alfred ne fermera pas l’œil de la nuit, il est à l’écoute de bruits qu’il ne reconnaît pas, de regards différents et indifférents  posés sur lui, de ce froid qui lui ronge les os… Ce fut les heures les plus longues de sa vie…

Il y a eu ce hall d’immeuble, ce pont, ce sas de banque, ce parking souterrain, cet immeuble abandonné, ce foyer d’urgence et parfois avec un peu de chance une chambre d’hôtel…


Alfred va vite comprendre  que seul, on ne peut pas survivre dans la rue car elle montre ses plus bas instincts la nuit et vous engloutit lorsque vous vous endormez…
Alfred s’est fait détrousser, violenter, humilier et expulser … Tellement de fois …
Il rejoindra au hasard de ses « voyages » des groupes de personnes qui, comme lui, ont croisé le chemin de la Rue. On veille ainsi les uns sur les autres, enfin quand  les journées rapportent et qu’on le fête, sinon ce sont souvent des engueulades et des bagarres…
Car ne nous leurrons pas, l’alcool et les produits sont le nerf de la Rue. Comment accepter ses conditions sans l’aide d’artifices ?
Il faut faire la manche et supporter le regard des gens qui jugent avant de comprendre, qui expliquent aux enfants qu’il faut bien travailler pour ne pas finir comme ça… Enfin pour ceux qui regardent… Le plus souvent, le regard est fuyant mais en même temps, pourquoi les blâmer ? Alfred m’expliquera que lui-même ne se regarde plus dans le miroir…

Je connais maintenant l’histoire d’Alfred, qu’il raconte depuis 10 ans pour les oreilles qui veulent bien l’entendre.
Alfred essaie d’esquisser un sourire et relativise, il est toujours là…
Tant « d’amis » sont morts ou ont disparu…

Soudain une pièce  tombe dans la casquette d’Alfred, posée devant ses jambes. Je lève la tête et décide de regarder ma Rue avec les yeux d’Alfred. Elle me semble différente, jugeante, humiliante, écrasante et surtout  indifférente.
Comment est-ce possible que toutes ces personnes que je salue tous les jours posent un regard différent sur Alfred ?
En quoi est-il différent de moi ?
Nous sommes tous les 2 humains il me semble?


Alfred mourra quelques années plus tard, tué un soir d’été pour son menu butin.
Il est parti dans l’indifférence, sans personne à ses côtés, pire qu’un chien errant.

A sa disparition, je me suis faite une promesse : toujours poser des yeux bienveillants sur ces personnes exclues et marginalisées.

On a tous dans nos rues des « clochards » qui font partie de notre paysage et combien d’entre nous connaissent ne serait-ce que leur prénom ? Leurs histoires ? Leurs tragédies ?

Alors mesdames et messieurs, mettez les portables dans vos poches, approchez-vous, osez, ne serait-ce qu’un ptit bonjour…
Le premier pas n’est pas simple mais je vous assure qu’à la fin de l’échange, il se peut que vous esquissiez un sourire et qu’on vous le renvoie.

Préambule de la constitution de 1946 repris dans la constitution de 1948
"La nation assure à l’individu et à la famille les conditions nécessaires à leur développement.
Elle garantit à tous, notamment à l'enfant, à la mère et au vieux travailleur, la protection de la santé, de la sécurité matérielle, le repos et les loisirs.
Tout être humain, qui en raison de son âge, de son état physique ou mental, de la situation économique se trouve dans l’incapacité de travailler a le droit d’obtenir de la collectivité des moyens convenables à l’existence."

Par Parole de Plume libérée le 18/11/2016


"Les hommes politiques ne connaissent la misère que par les statistiques.
On ne pleure pas devant les chiffres."
Abbé Pierre.





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