LE KAVE SE REBIFFE

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mercredi 25 janvier 2017

Comptoir Docuclimat: Un Paysan a quelque chose à nous dire

"Un paysan à sa charrue vaut mieux qu'un noble dans la rue." Proverbes rimés recueillis par le comte de Neufchâteau


A l'image d'un Pierre Rahbi ou d'un José Bové ayant un peu d'existence médiatique, beaucoup de paysans ne se font pas ou peu entendre.
 Le mal-être de ceux qui travaillent la terre est fort, très fort. 
Le manque de revenus suffisants plongent beaucoup dans le désarroi et la détresse sociale.
Les petits exploitants sont plus qu'au bord de la crise de nerfs, vu qu'ils vivent dans une crise depuis...cinquante ans, on rappelle l'adage que ce n'est plus une crise, mais un système organisé. Le monde de l'agriculture est à un tournant de son histoire, et ceux qui sont les garants de ce monde sont en train de disparaître.
Le taux de suicide y est redoutable, et nos agriculteurs pourraient bien rejoindre une nouvelle "Jacquerie" si les choses continuent ainsi. 
Ca tombe bien, on serait de plus en plus nombreux dans ce cas-là, les Gueux se rebiffent...
Un paysan a quelque chose à nous dire.
Un paysan a décidé de prendre sa plume, et de belle manière pour donner son sentiment d'humain au contact de la Terre chaque jour.
Etre un paysan au 21ème siècle est un sacré défi, et ils ont besoin de nous comme nous avons besoin d'eux. 
Sans eux, la transition agro-alimentaire et énergétique, la préservation des terres, la nourriture de demain ne se fera pas. 
C'est un signal d'alarme qui est tiré dans cette lettre et il raisonne fort, il le doit. 
C'est pour cela que je le partage avec vous, et que je rends à Docuclimat ce qui appartient à Docuclimat chez qui j'ai été cherché ce texte sans équivoque.

Le Blog Docuclimat a donc publié la lettre suivante:



Vous allez pouvoir la lire au comptoir de la Kave, mais je vous encourage à aller cliquer sur les liens du Doculimat, un partenaire de qualité et d'engagement aux multiples ressources.
Maintenant, lisons, réfléchissons, agissons, n'essayons-pas, faisons-le.


Lettre d’un paysan aux générations présentes :
 Aux possibles survivants de la catastrophe qui vient…


Imaginez un futur sans saisons, sans régularité du temps, de la pluie, de la chaleur, du froid et des éléments.

Imaginez des semis effectués sans assurance de les voir s ‘épanouir dans la douce tempérance de notre climat.

Des blés , seigles, sarrasins, maïs, légumes, fruits et autres aliments à la base de la vie, chétifs sous un soleil de plomb et une sécheresse historique, ou pourris sur pied par la faute d’inondations de plus en plus catastrophiques.

Imaginez que les deux choses soient possibles à la fois, en une même année et vous aurez une idée d’un futur qui menacerait la base même de notre existence.

Oubliez tout ce que vous pensiez être normal, oubliez le tempo harmonieux des saisons, parfois déséquilibré mais jamais de plus de quelques années. Oubliez l’assurance tranquille de trouver sur vos étals de marchés une abondance diversifiée de fruits savoureux, empli de soleil et d’arômes, de légumes prêt à être mijotées, capables d’apaiser temporairement les tourments de la vie, de céréales capables de sustenter notre faim à n’importe quel moment.

Le climat nous ramène à notre condition humble de mammifères aux besoins simples : avoir de quoi boire, se manger et vivre solidairement en société.

Ce climat stable depuis environ une dizaine de milliers d’années, malgré quelques soubresauts brefs, qui ont d’ailleurs été le déclencheur de la majorité de la chute des civilisations ou des ages sombres, n’est plus.

Le climat qui nous attend et dont nous connaissons déjà les prémisses, sera de plus en plus instable, imprévisible, nous offrant de plus en plus de ses colères capables de renverser nos habitudes bien ancrées pourtant nécessaires à la poursuite de notre vie.

Au lieu de vivre, nous survivrons. Nous sèmerons comme toujours, nous espérerons comme toujours. Mais le climat nous infligera de plus en plus des conditions propres à nous faire désespérer, propres à détruire à petit feu ou par brasiers le nécessaire calendrier de nos vies et de nos productions.

Que cela nous paraît abstrait, lointain et presque inconséquent d’entendre parler de degrés de réchauffement en plus. Et pourtant, les conséquences en sont terrifiantes dans un monde où un degré de plus signifie que l’équivalent de plusieurs centaines de milliers de bombes atomiques (en terme de puissance énergétique) circuleront en plus dans l’atmosphère et les océans.

De quoi augmenter radicalement l’évaporation à la surface des océans et des terres, de quoi modifier la circulation (quasi-stable depuis plusieurs milliers d’années) des courants atmosphériques et océaniques, de quoi ainsi nous infliger des blocages atmosphériques de plus en plus conséquents qui occasionneront de plus en plus de sécheresses dramatiques, d’inondations terribles et de chaleur suffocante.

Comment les paysans du monde entier sauront s’adapter à de telles irrégularités climatiques, qui plus est dévastatrices ? Comment pourrons-nous nous protéger des maladies cryptogamiques et des parasites qui seront parmi les seuls à profiter de ces conditions exceptionnelles et à infliger des dégâts aux cultures auxquels nous ne pourrons faire face ? Comment pourrons-nous nous calquer, comme nos ancêtres le font depuis déjà des millénaires, sur les périodes propices aux semis, plantations et récoltes, connus grâce à la régularité de notre climat ?

Oubliez vos certitudes, oubliez vos habitudes. Préparez-vous à vivre un futur qui n’aura rien de glorieux et qui ne favorisera en rien le progrès (entendons-nous bien, le progrès social et culturel).

Nous devrons nous préparer à lutter tous ensemble pour que la faim ne nous tenaille pas, pour que les inégalités d’accès aux ressources de bases ne se creusent pas plus, pour que notre futur ne s’écroule pas.

La catastrophe est déjà présente et les alternatives ne suffiront pas. Non pas qu’elles ne soient pas nécessaires, au contraire puisqu’elles assurent notre capacité à s’adapter à ce futur imprévisible et à retrouver le lien avec un environnement dont nous avons cru pouvoir nous détacher.

Les alternatives ne suffiront pas car un système économique et politique : le capitalisme, à l’origine de cette catastrophe qui vient, est aussi celui qui se nourrit et se nourrira encore plus des crises qui se multiplieront. N’anticipons pas sur son déclin, car tel le phénix, il possède cette extraordinaire et terrifiante capacité à renaître de ses cendres (pour exemple flagrant la crise de 2008).

Qui plus est, sa capacité à exploiter de manière exponentielle tout ce que recèle la planète pour continuer sa croissance qui est elle même exponentielle, menace nos alternatives et nos capacités à résister aux catastrophes qui viennent (augmentation de la production de CO2 et de méthane, pollution de l’eau, destruction des terres cultivables, des forêts et zones humides, pollution de l’air, extraction forcenée de métaux rares et cultures intensives de produits d’exportation sur des terres de peuples premiers, etc…)

Nous sommes face à un chapitre inédit de l’histoire de l’humanité, un chapitre où une oligarchie politique et économique a choisie de sacrifier la durabilité de notre espèce pour son profit immédiat, un chapitre où si un soulèvement généralisé pour le climat et pour nos espaces de vie ne se produit pas dans les quelques années qui viennent, nous pourrons oublier de vivre pour nous préparer à survivre, nous pourrons oublier de rire pour nous préparer à pleurer, à pleurer pour nous-mêmes et pour le reste de la vie !

Yoann, Un paysan, pour combien de temps ?


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